À propos de certaines phrases de la traduction chinoise de Conte d’été sur Bilibili
La traduction chinoise proposée sur Bilibili présente des lacunes, notamment en raison de pertes importantes d’information lors du traitement des phrases complexes. Voici un exemple illustrant ce problème :
Margot : Tu jubiles ?
Gaspard : Bah oui.
Margot : Tu triomphes ?
Gaspard : Non, ce n’est pas le mot.
Margot : Mais si, tu triomphes. Il n’y a qu’à te voir ! Et moi qui te prenais pour un pauvre amoureux transi avec tes airs de chien battu.
(Bilibili: 而我却当你是被打败的失恋者.
Une formulation plus fidèle pourrait être: 而我却当你是失恋的可怜小狗.)
Parfois, la traduction déforme complètement le sens voulu par les personnages.
Gaspard : On va pas se quitter comme ça, bêtement ?
Margot : Oui, bêtement. Ce qui te sauve quand même, c’est ta bêtise.
(Bilibili: 帮你简直是太愚蠢了.
Une formulation plus fidèle pourait être: 你的傻气倒也救了你自己.)
J’ai même pas envie de te prendre au sérieux. Les garçons sont cons, mais qu’ils sont cons ! Une fille a beau être nulle, débile, démeurée, ça descend jamais à ce niveau-là !
La traduction de Bilibili (« 帮你简直是太愚蠢了 ») présente cette réplique comme une plainte, alors que dans le contexte, Margot modère son ton et introduit une nuance affective. Elle suggère en réalité que la maladresse ou l’innocence de Gaspard (« ta bêtise ») est précisément ce qui le rend pardonnable. Cette remarque, loin d’être une agression, prépare en fait le terrain à leur réconciliation.
Dans une autre place, la tradution est même plus terrible:
Margot : On fait la paix ? Excuse-moi. J’ai des réactions très imprévisibles. Mais surtout, n’en tire pas des conclusions. C’est pas parce qu’on est amie avec un garçon qu’on serait pas aussi susceptible que si on est amoureuse.
(Bilibili: 作为朋友你可以激怒我,作为男朋友更是.
Une formulation plus fidèle pourrait être: 我们(女生)不会因为自己只是某个男生的朋友而非恋人就不那么敏感易怒.)
Je m’étais fait une certaine idée de toi, c’est tout. Il faut que je m’habitue.
Gaspard : Je te déçois ?
Margot : Au contraire. Je m’aperçois que tu n’es pas aussi godiche que tu t’en donnes l’air. Tu plais aux filles.
Gaspard : Oui, mais pas à celle que je veux.
Margot : Tu la veux vraiment ?
Gaspard : T’as raison. Je ne sais pas. J’attends. Je verrai.
La traduction de Bilibili, en proposant « 作为朋友你可以激怒我,作为男朋友更是 », suggère à tort que Margot envisage Gaspard dans un rôle amoureux. Or, le dialogue original vise précisément à clarifier l’inverse : elle souligne que sa susceptibilité n’est pas liée à des sentiments amoureux. En effet, la phrase « C’est pas parce qu’on est amie avec un garçon qu’on serait pas aussi susceptible que si on est amoureuse » a pour fonction de délimiter strictement leur relation. Margot explique ainsi que ses réactions imprévisibles ne doivent pas être interprétées comme le signe d’une attirance, réaffirmant que Gaspard n’est pour elle qu’un ami.
Ces trois exemples sont tirés de la même séquence dans Conte d’été où Gaspard présente son plan de départ pour l’île d’Ouessant et ses hésitations entre Solène et Léna.
Au fait, Gaspard est aussi le nom de l’homme dans Les belles cicatrices, et leurs affiches ont quelques points communs.
Sous-titres (Le contexte)
Gaspard : T’avais raison. Elle est très sympa.
Margot : Sympa, seulement ?
Gaspard : Entre autres choses.
Margot : Alors te voilà rassuré !?
Gaspard : Sur quoi ?
Margot : Sur l’existence des filles sympas ? Sur ta propre existence, comme tu disais.
Gaspard : Oui, pour s’en tenir à ce point de vue.
Margot : Ça te laisse tout rêveur. Bon, qu’est-ce qu’on fait ? Tu ne veux pas en parler ? Je comprends. Tu veux bien qu’on continue à se voir ?
Gaspard : T’es folle. De toute façon, elle n’est pas là de la semaine.
Margot : C’est ça. Je suis la remplaçante. Et même la remplaçante de la remplaçante. Tu es bien organisé !
Gaspard : Bon, on y va ?
[Sur la plage…]
Gaspard :
J’ai pas envie d’en parler, mais j’en parle quand même. Je ressens tellement le contraire de ce que je te disais ces jours-ci que je ne peux pas le garder pour moi.
Margot : T’as envie de le crier sur tous les toits ? Ou plutôt aux quatre vents ?
Gaspard : Non, le dire à toi. Tout simplement.
Margot : Tu jubiles ?
Gaspard : Bah oui.
Margot : Tu triomphes ?
Gaspard : Non, ce n’est pas le mot.
Margot : Mais si, tu triomphes. Il n’y a qu’à te voir ! Et moi qui te prenais pour un pauvre amoureux transi avec tes airs de chien battu.
Gaspard : J’avoue que je me suis trompé sur Solène.
Margot : Finalement, c’est ton genre ?
Gaspard : Non, mais on a beaucoup de points communs. Certainement plus qu’avec Lena.
Margot : Et alors, qui tu choisis ?
Gaspard : Au début, si je me suis laissé faire, c’était avant tout pour me venger de Léna. Ou plutôt pour essayer de me mettre dans sa peau quand elle se laisse courtiser. Pour ne pas dire plus… J’en avais marre d’être en position d’infériorité par rapport à elle. J’avais envie qu’à son tour, elle ait quelque chose à me reprocher. Et puis maintenant, je m’intéresse à Solène pour elle-même.
Margot : Et alors ?
Gaspard : Alors j’ai pris une décision. Si Léna n’est pas rentrée avant la fin de la semaine, je pars avec Solène pour Ouessant.
Margot : Ah oui ?
Gaspard : Elle a très envie d’y aller.
Margot : Mon petit vieux, tu te couvres. Si c’est pas l’une, ce sera l’autre.
Gaspard : Ne dis pas ça !
Margot : Finalement pour toi, toutes les filles sont équivalentes.
Gaspard : Mais je te dis le contraire !
Margot : Tu me déçois. Je ne t’aurais jamais cru capable de te laisser embobiner (= séduire, fam.) par une fille aussi vulgaire.
Gaspard : Enfin, elle n’est pas vulgaire !
Gaspard : Et puis c’est toi qui m’as jeté dans ses bras.
Margot : C’est le comble ! Tu n’as même pas le courage de tes opinions. J’avais bien raison de parler de remplaçante. Tu me dégoûtes. Tu es comme tous les mecs qui ne voient pas plus loin que ta petite vanité, tu ne prends pas de risque. Il suffit qu’une fofolle te tombe dessus pour que tu te prennes pour le roi des tombeurs. Je me demande vraiment ce que je fais avec toi.
Gaspard : Enfin, Margot…
[…]
Gaspard : Tu déformes tout ce que je dis.
Margot : Rien du tout. J’ai bien entendu.
Margot : Lâche-moi un peu !
Gaspard : Excuse-moi, je t’ai fait mal ?
Margot : Oui.
Gaspard : Toi aussi, tu m’as fait mal.
Margot : Tant mieux.
Gaspard : On va pas se quitter comme ça, bêtement ?
Margot : Oui, bêtement. Ce qui te sauve quand même, c’est ta bêtise. J’ai même pas envie de te prendre au sérieux. Les garçons sont cons, mais qu’ils sont cons ! Une fille a beau être nulle, débile, démeurée, ça descend jamais à ce niveau-là !
Gaspard : T’as raison, je suis con. Je me suis mal exprimé. C’est pas du tout ce que je voulais dire.
Margot : Tais-toi. Ça suffit. N’aggrave pas ton cas.
Gaspard : Je voulais dire au contraire qu’il n’était pas question que (= il était hors de question / impossible que) je trahisse Léna. À moins qu’(= sauf si)elle ne(explétif) me trahisse.
Margot : Tu m’amuses. Tu veux toujours te justifier.
Gaspard : Parce que je veux que tu saches que je n’ai jamais proposé à Solène d’aller à Ouessant. C’est arrivé comme ça dans la conversation. Il ne me serait jamais venu à l’idée de proposer à deux filles à la fois.
Margot : « À deux filles » ? À trois, tu m’oublies ?
Gaspard : Mais c’était pour rire.
Margot : Ah oui !? Avec les autres, c’était sérieux. Mais avec moi, c’est pour rire !? L’amitié, c’est pour rire.
Gaspard : Mais la bagatelle, c’est sérieux. Tu n’es pas libre.
Margot : Qu’est-ce que tu en sais ? Au resto, je peux me trouver une remplaçante du jour au lendemain.
Gaspard : Bon, allons-y.
Margot : Tu serais bien embêté si je disais oui.
Gaspard : Non, parce que je me suis mis dans une situation tout à fait inextricable.
Margot : Ne compte pas sur moi pour la débrouiller.
[…]
Margot : On fait la paix ? Excuse-moi.
Margot : J’ai des réactions très imprévisibles. Mais surtout, n’en tire pas des conclusions. C’est pas parce qu’on est amie avec un garçon qu’on serait pas aussi susceptible que si on est amoureuse. Je m’étais fait une certaine idée de toi, c’est tout. Il faut que je m’habitue.
Gaspard : Je te déçois ?
Margot : Au contraire. Je m’aperçois que tu n’es pas aussi godiche que tu t’en donnes l’air. Tu plais aux filles.
Gaspard : Oui, mais pas à celle que je veux.
Margot : Tu la veux vraiment ?
Gaspard : T’as raison. Je ne sais pas. J’attends. Je verrai.
Margot : Il faudra bien choisir.
Gaspard : J’en doute.
Margot : J’aimerais bien que tu aies à choisir. Ça te ferait les pieds.
Gaspard : Je te parie que j’aurais même pas à choisir. J’aurai ni l’une ni l’autre.
Margot : Qu’est-ce que c’est que cette assurance négative ? Tu ne penses pas un mot de ce que tu dis. Je te déteste. Il y a des moments où j’ai envie de te mordre.
Gaspard : Vas-y.
Margot : Que diraient tes petites-amies ?
[…]
Margot : Au moins, ça ne laisse pas de traces. Mais c’est à utiliser à doses homéopathiques.
À propos de certaines phrases de la traduction chinoise de Conte d’été sur Bilibili