Gaspard : T’avais raison. Elle est très sympa.
Margot : Sympa, seulement ?
Gaspard : Entre autres choses.
Margot : Alors te voilà rassuré !?
Gaspard : Sur quoi ?
Margot : Sur l’existence des filles sympas ? Sur ta propre existence, comme tu disais.
Gaspard : Oui, pour s’en tenir à ce point de vue.
Margot : Ça te laisse tout rêveur. Bon, qu’est-ce qu’on fait ? Tu ne veux pas en parler ? Je comprends. Tu veux bien qu’on continue à se voir ?
Gaspard : T’es folle. De toute façon, elle n’est pas là de la semaine.
Margot : C’est ça. Je suis la remplaçante. Et même la remplaçante de la remplaçante. Tu es bien organisé !
Gaspard : Bon, on y va ?
[Sur la plage…]
Gaspard :
J’ai pas envie d’en parler, mais j’en parle quand même. Je ressens tellement le contraire de ce que je te disais ces jours-ci que je ne peux pas le garder pour moi.
Margot : T’as envie de le crier sur tous les toits ? Ou plutôt aux quatre vents ?
Gaspard : Non, le dire à toi. Tout simplement.
Margot : Tu jubiles ?
Gaspard : Bah oui.
Margot : Tu triomphes ?
Gaspard : Non, ce n’est pas le mot.
Margot : Mais si, tu triomphes. Il n’y a qu’à te voir ! Et moi qui te prenais pour un pauvre amoureux transi avec tes airs de chien battu.
Gaspard : J’avoue que je me suis trompé sur Solène.
Margot : Finalement, c’est ton genre ?
Gaspard : Non, mais on a beaucoup de points communs. Certainement plus qu’avec Lena.
Margot : Et alors, qui tu choisis ?
Gaspard : Au début, si je me suis laissé faire, c’était avant tout pour me venger de Léna. Ou plutôt pour essayer de me mettre dans sa peau quand elle se laisse courtiser. Pour ne pas dire plus… J’en avais marre d’être en position d’infériorité par rapport à elle. J’avais envie qu’à son tour, elle ait quelque chose à me reprocher. Et puis maintenant, je m’intéresse à Solène pour elle-même.
Margot : Et alors ?
Gaspard : Alors j’ai pris une décision. Si Léna n’est pas rentrée avant la fin de la semaine, je pars avec Solène pour Ouessant.
Margot : Ah oui ?
Gaspard : Elle a très envie d’y aller.
Margot : Mon petit vieux, tu te couvres. Si c’est pas l’une, ce sera l’autre.
Gaspard : Ne dis pas ça !
Margot : Finalement pour toi, toutes les filles sont équivalentes.
Gaspard : Mais je te dis le contraire !
Margot : Tu me déçois. Je ne t’aurais jamais cru capable de te laisser embobiner (= séduire, fam.) par une fille aussi vulgaire.
Gaspard : Enfin, elle n’est pas vulgaire !
Gaspard : Et puis c’est toi qui m’as jeté dans ses bras.
Margot : C’est le comble ! Tu n’as même pas le courage de tes opinions. J’avais bien raison de parler de remplaçante. Tu me dégoûtes. Tu es comme tous les mecs qui ne voient pas plus loin que ta petite vanité, tu ne prends pas de risque. Il suffit qu’une fofolle te tombe dessus pour que tu te prennes pour le roi des tombeurs. Je me demande vraiment ce que je fais avec toi.
Gaspard : Enfin, Margot…
[…]
Gaspard : Tu déformes tout ce que je dis.
Margot : Rien du tout. J’ai bien entendu.
Margot : Lâche-moi un peu !
Gaspard : Excuse-moi, je t’ai fait mal ?
Margot : Oui.
Gaspard : Toi aussi, tu m’as fait mal.
Margot : Tant mieux.
Gaspard : On va pas se quitter comme ça, bêtement ?
Margot : Oui, bêtement. Ce qui te sauve quand même, c’est ta bêtise. J’ai même pas envie de te prendre au sérieux. Les garçons sont cons, mais qu’ils sont cons ! Une fille a beau être nulle, débile, démeurée, ça descend jamais à ce niveau-là !
Gaspard : T’as raison, je suis con. Je me suis mal exprimé. C’est pas du tout ce que je voulais dire.
Margot : Tais-toi. Ça suffit. N’aggrave pas ton cas.
Gaspard : Je voulais dire au contraire qu’il n’était pas question que (= il était hors de question / impossible que) je trahisse Léna. À moins qu’(= sauf si)elle ne(explétif) me trahisse.
Margot : Tu m’amuses. Tu veux toujours te justifier.
Gaspard : Parce que je veux que tu saches que je n’ai jamais proposé à Solène d’aller à Ouessant. C’est arrivé comme ça dans la conversation. Il ne me serait jamais venu à l’idée de proposer à deux filles à la fois.
Margot : « À deux filles » ? À trois, tu m’oublies ?
Gaspard : Mais c’était pour rire.
Margot : Ah oui !? Avec les autres, c’était sérieux. Mais avec moi, c’est pour rire !? L’amitié, c’est pour rire.
Gaspard : Mais la bagatelle, c’est sérieux. Tu n’es pas libre.
Margot : Qu’est-ce que tu en sais ? Au resto, je peux me trouver une remplaçante du jour au lendemain.
Gaspard : Bon, allons-y.
Margot : Tu serais bien embêté si je disais oui.
Gaspard : Non, parce que je me suis mis dans une situation tout à fait inextricable.
Margot : Ne compte pas sur moi pour la débrouiller.
[…]
Margot : On fait la paix ? Excuse-moi.
Margot : J’ai des réactions très imprévisibles. Mais surtout, n’en tire pas des conclusions. C’est pas parce qu’on est amie avec un garçon qu’on serait pas aussi susceptible que si on est amoureuse. Je m’étais fait une certaine idée de toi, c’est tout. Il faut que je m’habitue.
Gaspard : Je te déçois ?
Margot : Au contraire. Je m’aperçois que tu n’es pas aussi godiche que tu t’en donnes l’air. Tu plais aux filles.
Gaspard : Oui, mais pas à celle que je veux.
Margot : Tu la veux vraiment ?
Gaspard : T’as raison. Je ne sais pas. J’attends. Je verrai.
Margot : Il faudra bien choisir.
Gaspard : J’en doute.
Margot : J’aimerais bien que tu aies à choisir. Ça te ferait les pieds.
Gaspard : Je te parie que j’aurais même pas à choisir. J’aurai ni l’une ni l’autre.
Margot : Qu’est-ce que c’est que cette assurance négative ? Tu ne penses pas un mot de ce que tu dis. Je te déteste. Il y a des moments où j’ai envie de te mordre.
Gaspard : Vas-y.
Margot : Que diraient tes petites-amies ?
[…]
Margot : Au moins, ça ne laisse pas de traces. Mais c’est à utiliser à doses homéopathiques.